Cindy, c’est la version « an 2000 » de Cendrillon. Tout un programme, me direz-vous. Et vous auriez raison: pour se taper une resucée techno-hiphop de l’histoire de la gentille petite orpheline brimée par sa belle-mère, il faut avoir bien du courage.

Malgré le mauvais goût légendaire de notre époque, Cindy n’a connu aucun succès. Mais alors aucun. Pour vous dire à quel point ce truc est inintéressant, personne n’a même pris le temps de créer une page Wikipedia sur le sujet. Quant à la biographie de Luc Plamondon, le créateur de cette bouse immortelle, elle consacre royalement une ligne à ce flop monumental:

En 2002, il (ndla: Luc Plamondon) écrit les textes de la comédie musicale Cindy, transposition moderne du conte de Cendrillon. Malgré une grosse promotion, le spectacle ne rencontre pas le succès espéré et s’arrête au bout de quelques mois.

Et pourtant, Cindy a tous les ingrédients nécessaires à la construction d’un authentique nanar intersidéral, digne de notre intérêt. Déjà, exit Cendrillon, c’est vraiment trop has-been comme prénom. Cindy, ça ça claque. Et puis ça fait penser à Cindy Sander, immortelle créatrice de Papillon de Lumière, et surtout de cet outrage à la syntaxe qu’est « Le Secret de Nous » (Cindy a quitté l’école avant d’apprendre les pronoms possessifs). Mais je digresse. Laissons Cindy Sander dans cette Alsace natale qu’elle partage avec Patricia Kaas et revenons à la Cindy de Luc Plamondon.

Vous imaginez une version techno-pop du bal du Prince Charmant ? Ca s’appellerait, je ne sais pas moi, au hasard, disons, « Le bal à Ricky ». C’est ça, Ricky! Waw, ça claque. Un bon nom de Prince Charmant du troisième millénaire. Sauf que Prince, ça ne le fait plus trop comme job. Ricky, c’est un mec dans le vent. Il est disons, producteur. Et amateur de belles filles, bien sûr. Mais seul. Si seul, ce pauvre Ricky. D’où l’idée d’organiser un bal. L’événement aurait lieu, disons « Samedi soir au Galaxy », une boîte hyper-branchée. Et bien sûr, on y retrouverait « toutes les vedettes: les millionnaires de l’internet et puis les fils de la jet-set »… La vilaine soeur de Cindy (ben oui, Cendrillon c’est has-been) convoiterait le beau Ricky, mais en fait il tomberait amoureux de la gentille Cindy. Vous voyez le genre. Ou pas. Allez sur YouTube, tous les extraits y sont. Pas dans l’ordre, mais on s’en fout un peu.

Cindy, chef d’oeuvre incompris de l’art contemporain, contient une scène que je n’hésiterai pas à qualifier de culte. Intitulée « Rave Party », elle met en scène la gentille Cindy, sa vilaine soeur adoptive et son ignoble marâtre. Cindy rentre tard. Très tard. Admirez les superbes dialogues.

La méchante soeur adoptive: Mais où as-tu passé la nuit ?

La gentille Cindy: Dans une rave party

La méchante soeur adoptive: Et tu rentres à midi?

La vilaine marâtre, complètement larguée: Mais peut-on m’expliquer ce qu’est une rave party?

Cindy, qui devient poétique: « ll y a la pleine lune, la musique, la danse. On est en transe. »

La soeur adoptive, perfide: « Et on dit qu’on y prend de l’ecstasy »

La marâtre, choquée: « De l’ecstacy? Ca je te l’interdis! »

Alors, ça dépote, hein? Je savais que ça vous plairait, petits canaillous. Maintenant, imaginez ces dialogues chantés et chorégraphiés, avec la belle Lââm (ben oui, une catastrophe n’arrive jamais seule) qui s’en donne à coeur joie.

Alors, alléché(e)? Pour la suite, c’est ici en-dessous. Enjoy…

 

Une gentille lectrice me signale que, malgré la minceur du scénario, je me suis planté. La jeune fille qui rentre de la rave party n’est pas Cindy, mais bien Pétula, l’une des deux méchantes filles de la marâtre. J’aurais dû y penser: Cindy, au bal à Ricky, ne s’est pas amusée puisqu’elle est partie à minuit. Ce sont les soeurs qui ont traîné là-bas. En tout cas une des deux… N’empêche, Cindy, elle l’aime en secret, le Ricky. Et l’admirateur secret de Cindy aime Cindy en secret lui aussi. Et se dit que « si il ne le lui dit pas elle ne le saura jamais ». En même temps, si Cindy n’ouvre pas les yeux, elle va se le faire piquer par la soeur de Pétula, son admirateur secret. Mais tout compte fait, la Cindy, elle s’en fout: elle a le choix, car elle n’a pas UN admirateur secret mais TROIS. Et ils sont tous prêts à casser la figure à Ricky s’il n’aime pas Cindy comme elle le mérite. Ah là là, quel suspense!