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Lutte des classes 2.0

Publié le 6 février 2012 dans Humeurs d'entrepreneur | 8 commentaires


La semaine dernière, une chronique publiĂ©e sur ce petit coin de toile faisait grand bruit et incitait la CSC Ă  promettre la modification d’une page web controversĂ©e sur les indĂ©pendants. La page est aujourd’hui modifiĂ©e. Mais rien n’a changĂ©…

Entendons-nous bien, quand je dis « rien n’a changĂ© », je ne parle pas de la correction par la CSC des erreurs factuelles publiĂ©es sur son site. Mais tout ce qui n’est pas erreur factuelle est restĂ© tel quel sur la page incriminĂ©e. La CSC ignore donc superbement tous les arguments avancĂ©s dans ma prĂ©cĂ©dente critique. VoilĂ  une bien curieuse manière de rĂ©pondre aux rĂ©actions suscitĂ©s par sa prose haineuse.

Seul ajout: un petit morceau de propagande publié en fin de site:

 

Ca ne veut pas dire que les indépendants et les dirigeants de PME ne sont pas touchés par les mesures d’assainissement. Tout comme les salariés, ils sont aussi confrontés, par exemple, à l’augmentation de la fiscalité sur les voitures de société et à la diminution ou la suppression de certaines réductions fiscales.  Le vrai problème réside dans la part d’efforts qui leur est demandée par rapport à ce qui est exigé d’autres groupes (cf. les autres profils), y compris à l’intérieur du groupe des indépendants  :

– le petit indĂ©pendant qui cotise proportionnellement beaucoup plus pour son statut social que l’indĂ©pendant plus fortunĂ© (qui profite du plafonnement des cotisations);

La logique de la CSC: diviser pour rĂ©gner. Puisque les indĂ©pendants se rebiffent, sĂ©parons-les entre “gentils” et “mĂ©chants”. Les gentils, ce sont ceux qui paient beaucoup. Les mĂ©chants, ce sont ceux qui paient moins. Mais en fait, les gentils ne sont pas si gentils que ça, car quand mĂŞme, la liste de leurs turpitudes est longue. Et attention, la dĂ©finition “CSC” de la turpitude est vaste. Pour s’en convaincre, il suffit de relire la prose de la CSC, et surtout de s’arrĂŞter sur la suite de son petit codicille:

- le petit indépendant qui paie correctement des impôts élevés sur son revenu professionnel, par rapport aux chefs d’entreprise qui ont placé leurs avoirs dans une société et multiplient les astuces pour limiter au maximum les impôts qui leur restent à payer.

VoilĂ , le coupable est dĂ©signĂ©: c’est le salaud d’indĂ©pendant qui a crĂ©e une sociĂ©tĂ©. Parce que forcĂ©ment, la crĂ©ation d’une sociĂ©tĂ© ne peut correspondre, dans la vision Ă©triquĂ©e de la CSC, qu’Ă  une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e de fraude fiscale.

Or, rien n’est plus faux. Les sociĂ©tĂ©s existent pour de multiples raisons, qui n’ont rien Ă  voir avec la fiscalitĂ©. Entre autres :

1°) Elles offrent une structure juridique commune lorsque plusieurs personnes dĂ©cident de mettre des moyens financiers, des compĂ©tences et du travail au service d’une nouvelle activitĂ©

2°) Lorsqu’elles sont dotĂ©es de la personnalitĂ© juridique, ce qui est le cas pour les S.A. et les S.P.R.L., les formes de sociĂ©tĂ© les plus rĂ©pandues, elles offrent Ă  l’entrepreneur une sĂ©curitĂ© bienvenue. En effet:

  • la sociĂ©tĂ©, personne de droit Ă  part entière, possède un patrimoine distinct de celui de l’entrepreneur. Celui-ci peut dès lors Ă©tablir une sĂ©paration claire entre son patrimoine privĂ© (ses Ă©conomies, sa maison…) et celui de son entreprise. Cette sĂ©paration est essentielle pour lui Ă©viter, par exemple, de voir les crĂ©anciers de son entreprise saisir ses biens privĂ©s.
  • la sociĂ©tĂ©, personne juridique indĂ©pendante, peut s’engager valablement vis-Ă -vis des tiers: ouvrir un compte en banque, effectuer des paiements, conclure un prĂŞt, signer un contrat de travail, passer commande auprès d’un fournisseur. L’entrepreneur peut ainsi distinguer clairement les actes qui relèvent de son activitĂ© et ces qui concernent sa vie privĂ©e.

Ces deux atouts pèsent lourd dans la balance: voilà pourquoi de nombreux indépendants, même petits, choisissent de créer une société pour exercer leur activité professionnelle. Or, la CSC les omet dans son argumentaire. Il ne peut y avoir que deux explications:

  • soit elle ne connaĂ®t vraiment rien au sujet, auquel cas elle ferait mieux de s’abstenir de toute critique, car critiquer sans connaĂ®tre est, au mieux, stupide et au pire, mĂ©chant.
  • soit elle connaĂ®t le sujet et travestit dĂ©libĂ©rĂ©ment la vĂ©ritĂ©.

Difficile, bien sĂ»r, de connaĂ®tre le fond de la pensĂ©e de la CSC sans dĂ©battre avec ses reprĂ©sentants. Or, ces derniers ont dĂ©clinĂ© trois appels Ă  la discussion: un premier fait ici-mĂŞme; un deuxième, initiĂ© par les journalistes de Bel-RTL, qui ont tentĂ© vendredi de convier un reprĂ©sentant de la CSC Ă  dĂ©battre avec moi; un troisième envoyĂ© par e-mail Ă  Marie-HĂ©lène Ska, secrĂ©taire nationale de la CSC, que j’ai eu l’occasion d’interviewer dans le cadre de mes activitĂ©s de journaliste.

Cette absence totale de volontĂ© de dialogue m’incite Ă  conclure que la CSC travestit effectivement la vĂ©ritĂ©. L’objectif de cette organisation est clair: stigmatiser certaines catĂ©gories sociales, dĂ©signĂ©es comme boucs-Ă©missaires. Les indĂ©pendants et dirigeants d’entreprise en font clairement partie, quel que soit le niveau de leurs revenus. La CSC applique sur son site internet une invention du philosophe et Ă©conomiste Karl Marx: la lutte des classes. Remise au goĂ»t du jour et enrobĂ©e d’un petit vernis « nouvelle Ă©conomie » du plus bel effet, certes. Mais identique Ă  ce que pratiquait l’organisation Ă  la fin du 19ème siècle: les  syndicats contre les associations de patrons. Car Ă  chaque fois qu’elle s’adresse directement aux indĂ©pendants, la CSC n’a qu’un mot Ă  la bouche: « vos reprĂ©sentants ».

La lutte des classes version 2.0 n’est donc rien d’autre qu’une nouvelle offensive de communication sur la mĂŞme ligne directrice: dĂ©signer un traĂ®tre, un coupable, qui doit ĂŞtre livrĂ© Ă  la vindicte publique. Ce traĂ®tre, c’est l’indĂ©pendant et le patron de PME. Le monde Ă©volue. Pas les syndicats.

 

 

8 Commentaires

    • Aucune. La CSC n’a jamais acceptĂ© de dĂ©battre et a attendu que l’affaire se dĂ©gonfle. :-(

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  1. On notera encore que le mandataire politique ou syndicaliste qui a une soc de management, est considĂ©rĂ© comme indĂ©pendant Ă  titre complĂ©mentaire. Comme son employeur vers un ONSS patronal sur son salaire, il est d’office DISPENSE de verser des cotisations sociales sur le salaire perçu dans la sociĂ©tĂ©…
    Alors, avant de faire les donneurs de leçons, hein… Qui s’enrichit le plus? Le cumulard, ou l’indĂ©pendant qui bosse???

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  2. D’abord il faut savoir que pas mal de mandataires CSC ont des sociĂ©tĂ©s de management, qui les aident Ă  percevoir une rĂ©munĂ©ration pour certains de leurs mandats… DĂ©jĂ  lĂ , c’est cocasse…
    Ensuite, si le statut d’indĂ©pendant est aussi avantageux, mais pourquoi ne s’y engouffrent-ils pas tous? Vive l’Eldorado…

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      • Un oubli de la CSC sans doute, mais ce crapuleux fraudeur en sociĂ©tĂ© de management a renoncĂ© de facto Ă  sa pension de salariĂ©…

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