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Lutte des classes 2.0

La semaine der­nière, une chro­nique publiée sur ce petit coin de toile fai­sait grand bruit et inci­tait la CSC à pro­mettre la modi­fi­ca­tion d’une page web contro­ver­sée sur les indé­pen­dants. La page est aujourd’hui modi­fiée. Mais rien n’a changé…

Entendons-nous bien, quand je dis “rien n’a changé”, je ne parle pas de la cor­rec­tion par la CSC des erreurs fac­tuelles publiées sur son site. Mais tout ce qui n’est pas erreur fac­tuelle est resté tel quel sur la page incri­mi­née. La CSC ignore donc super­be­ment tous les argu­ments avan­cés dans ma pré­cé­dente cri­tique. Voilà une bien curieuse manière de répondre aux réac­tions sus­ci­tés par sa prose haineuse.

Seul ajout: un petit mor­ceau de pro­pa­gande publié en fin de site:

 

Ca ne veut pas dire que les indé­pen­dants et les diri­geants de PME ne sont pas tou­chés par les mesures d’assainissement. Tout comme les sala­riés, ils sont aussi confron­tés, par exemple, à l’augmentation de la fis­ca­lité sur les voi­tures de société et à la dimi­nu­tion ou la sup­pres­sion de cer­taines réduc­tions fis­cales.  Le vrai pro­blème réside dans la part d’efforts qui leur est deman­dée par rap­port à ce qui est exigé d’autres groupes (cf. les autres pro­fils), y com­pris à l’intérieur du groupe des indépendants  :

- le petit indé­pen­dant qui cotise pro­por­tion­nel­le­ment beau­coup plus pour son sta­tut social que l’indépendant plus for­tuné (qui pro­fite du pla­fon­ne­ment des cotisations);

La logique de la CSC: divi­ser pour régner. Puisque les indé­pen­dants se rebiffent, séparons-les entre “gen­tils” et “méchants”. Les gen­tils, ce sont ceux qui paient beau­coup. Les méchants, ce sont ceux qui paient moins. Mais en fait, les gen­tils ne sont pas si gen­tils que ça, car quand même, la liste de leurs tur­pi­tudes est longue. Et atten­tion, la défi­ni­tion “CSC” de la tur­pi­tude est vaste. Pour s’en convaincre, il suf­fit de relire la prose de la CSC, et sur­tout de s’arrêter sur la suite de son petit codicille:

- le petit indé­pen­dant qui paie cor­rec­te­ment des impôts éle­vés sur son revenu pro­fes­sion­nel, par rap­port aux chefs d’entreprise qui ont placé leurs avoirs dans une société et mul­ti­plient les astuces pour limi­ter au maxi­mum les impôts qui leur res­tent à payer.

Voilà, le cou­pable est dési­gné: c’est le salaud d’indépendant qui a crée une société. Parce que for­cé­ment, la créa­tion d’une société ne peut cor­res­pondre, dans la vision étri­quée de la CSC, qu’à une volonté déli­bé­rée de fraude fiscale.

Or, rien n’est plus faux. Les socié­tés existent pour de mul­tiples rai­sons, qui n’ont rien à voir avec la fis­ca­lité. Entre autres :

1°) Elles offrent une struc­ture juri­dique com­mune lorsque plu­sieurs per­sonnes décident de mettre des moyens finan­ciers, des com­pé­tences et du tra­vail au ser­vice d’une nou­velle activité

2°) Lorsqu’elles sont dotées de la per­son­na­lité juri­dique, ce qui est le cas pour les S.A. et les S.P.R.L., les formes de société les plus répan­dues, elles offrent à l’entrepreneur une sécu­rité bien­ve­nue. En effet:

  • la société, per­sonne de droit à part entière, pos­sède un patri­moine dis­tinct de celui de l’entrepreneur. Celui-ci peut dès lors éta­blir une sépa­ra­tion claire entre son patri­moine privé (ses éco­no­mies, sa mai­son…) et celui de son entre­prise. Cette sépa­ra­tion est essen­tielle pour lui évi­ter, par exemple, de voir les créan­ciers de son entre­prise sai­sir ses biens privés.
  • la société, per­sonne juri­dique indé­pen­dante, peut s’engager vala­ble­ment vis-à-vis des tiers: ouvrir un compte en banque, effec­tuer des paie­ments, conclure un prêt, signer un contrat de tra­vail, pas­ser com­mande auprès d’un four­nis­seur. L’entrepreneur peut ainsi dis­tin­guer clai­re­ment les actes qui relèvent de son acti­vité et ces qui concernent sa vie privée.

Ces deux atouts pèsent lourd dans la balance: voilà pour­quoi de nom­breux indé­pen­dants, même petits, choi­sissent de créer une société pour exer­cer leur acti­vité pro­fes­sion­nelle. Or, la CSC les omet dans son argu­men­taire. Il ne peut y avoir que deux explications:

  • soit elle ne connaît vrai­ment rien au sujet, auquel cas elle ferait mieux de s’abstenir de toute cri­tique, car cri­ti­quer sans connaître est, au mieux, stu­pide et au pire, méchant.
  • soit elle connaît le sujet et tra­ves­tit déli­bé­ré­ment la vérité.

Dif­fi­cile, bien sûr, de connaître le fond de la pen­sée de la CSC sans débattre avec ses repré­sen­tants. Or, ces der­niers ont décliné trois appels à la dis­cus­sion: un pre­mier fait ici-même; un deuxième, ini­tié par les jour­na­listes de Bel-RTL, qui ont tenté ven­dredi de convier un repré­sen­tant de la CSC à débattre avec moi; un troi­sième envoyé par e-mail à Marie-Hélène Ska, secré­taire natio­nale de la CSC, que j’ai eu l’occasion d’interviewer dans le cadre de mes acti­vi­tés de journaliste.

Cette absence totale de volonté de dia­logue m’incite à conclure que la CSC tra­ves­tit effec­ti­ve­ment la vérité. L’objectif de cette orga­ni­sa­tion est clair: stig­ma­ti­ser cer­taines caté­go­ries sociales, dési­gnées comme boucs-émissaires. Les indé­pen­dants et diri­geants d’entreprise en font clai­re­ment par­tie, quel que soit le niveau de leurs reve­nus. La CSC applique sur son site inter­net une inven­tion du phi­lo­sophe et éco­no­miste Karl Marx: la lutte des classes. Remise au goût du jour et enro­bée d’un petit ver­nis “nou­velle éco­no­mie” du plus bel effet, certes. Mais iden­tique à ce que pra­ti­quait l’organisation à la fin du 19ème siècle: les  syn­di­cats contre les asso­cia­tions de patrons. Car à chaque fois qu’elle s’adresse direc­te­ment aux indé­pen­dants, la CSC n’a qu’un mot à la bouche: “vos représentants”.

La lutte des classes ver­sion 2.0 n’est donc rien d’autre qu’une nou­velle offen­sive de com­mu­ni­ca­tion sur la même ligne direc­trice: dési­gner un traître, un cou­pable, qui doit être livré à la vin­dicte publique. Ce traître, c’est l’indépendant et le patron de PME. Le monde évo­lue. Pas les syndicats.

 

 

6 Responses to “Lutte des classes 2.0”

  1. Vincent says:

    Bon­jour,
    il y a t’il eu une suite à tout ceci?

    Bon début de semaine!

    Vincent

  2. JF says:

    On notera encore que le man­da­taire poli­tique ou syn­di­ca­liste qui a une soc de mana­ge­ment, est consi­déré comme indé­pen­dant à titre com­plé­men­taire. Comme son employeur vers un ONSS patro­nal sur son salaire, il est d’office DIS­PENSE de ver­ser des coti­sa­tions sociales sur le salaire perçu dans la société…
    Alors, avant de faire les don­neurs de leçons, hein… Qui s’enrichit le plus? Le cumu­lard, ou l’indépendant qui bosse???

  3. JF says:

    D’abord il faut savoir que pas mal de man­da­taires CSC ont des socié­tés de mana­ge­ment, qui les aident à per­ce­voir une rému­né­ra­tion pour cer­tains de leurs man­dats… Déjà là, c’est cocasse…
    Ensuite, si le sta­tut d’indépendant est aussi avan­ta­geux, mais pour­quoi ne s’y engouffrent-ils pas tous? Vive l’Eldorado…

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