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Dis Elio, et si on en parlait autour d’un verre ?

Mon cher Elio, si tu veux bien, je vais me per­mettre de te tutoyer. Là, sur le coup, j’ai envie de te par­ler comme à un ami, même si nous ne sommes pas du même bord. Alors voilà: je suis entre­pre­neur, et j’ai deux ou trois petites choses à te dire…
 

Pour­quoi “tu”?

Reve­nons d’abord un moment sur la ques­tion du tutoie­ment.
 
En fait, c’est assez curieux. Je suis un gar­çon plu­tôt poli, et j’aime bien la dis­tance. En géné­ral, si je tutoie quelqu’un sur mon blog, c’est signe de pro­fond mépris. Mais jus­te­ment, ici ce n’est pas le cas. Et pour­tant, tu incarnes tout ce que je déteste: le socia­lisme wal­lon ver­sion bobo. En fait, pen­dant des années, je me suis dit “ce gars-là, si je le croise, je lui colle un pain pour lui apprendre la vie”. Et puis un jour je t’ai croisé dans l’escalier de l’immeuble où tu avais ton petit pied-à-terre bruxel­lois. Ma petite amie de l’époque y habi­tait. Ça devait être en 2001 si mes sou­ve­nirs sont bons. On a parlé quelques minutes comme des voi­sins de palier, et j’ai aban­donné toute vel­léité de vio­lence. Parce qu’au fond, tu m’es apparu bien sym­pa­thique et que de toute manière la vio­lence n’est pas dans ma nature.
 

On se fait un resto?

 
Et là, en fait, c’est mar­rant, mais ça recom­mence. Ce matin, j’ai lu sur le site de La Libre un article sur le plan que tu as concocté avec tes col­lègues pour “relan­cer notre éco­no­mie”. Et j’ai failli m’étrangler. Immé­dia­te­ment après, je me suis dit que j’allais pondre une de ces chro­niques cin­glantes dont j’ai le secret. Et puis, en fait, non. En fait, j’ai envie de m’adresser à toi comme si on était au resto en train de man­ger un bon petit repas et d’échanger des idées en siro­tant un bon petit Côtes-du-Rhône. Et en fait, je ne vais même pas com­men­ter ton plan. Parce que ça ne va pas ser­vir à grand chose. Mais tu as l’air d’avoir tel­le­ment envie de bien faire et d’aider les gens à se sen­tir mieux que j’aimerais juste t’expliquer un ou deux petits trucs sur les PME et le fonc­tion­ne­ment de l’économie. Comme ça, l’air de rien, entre deux gor­gées de Crozes-Hermitage.
 

Arrête de “faire des trucs”

 
En fait, sur le constat de base, on est d’accord. Il faut relan­cer la machine éco­no­mique. Et relan­cer notre com­pé­ti­ti­vité, tout ça. Mais pour ça, il fau­drait que tu com­prennes une chose essen­tielle: même quand tu veux bien faire, tes idées sont condam­nées à foi­rer. Je sais que tu parles anglais cou­ram­ment, alors je te pro­pose de regar­der cette sym­pa­thique petite vidéo qui t’expliquera pour­quoi:
 

 
Bien entendu, si tu cherches une expli­ca­tion plus com­plète, je t’engage à lire “The Road to Serf­dom” et “The Fatal Conceit”, de l’économiste autri­chien Frie­drich Von Hayek. Si tu veux, je te résume rapi­de­ment la chose: en fait, la pla­ni­fi­ca­tion gou­ver­ne­men­tale ne marche pas pour deux raisons:

  1. Comme dans l’histoire du res­tau­rant, il est impos­sible pour le gou­ver­ne­ment de tout savoir sur les aspi­ra­tions et les besoins de cha­cun. Le monde est beau­coup trop complexe.
  2. À cause de cette com­plexité, l’action gou­ver­ne­men­tale peut avoir des consé­quences tota­le­ment impré­vues. Le meilleur exemple n’est pas éco­no­mique, mais humain et éco­lo­gique: l’histoire des Dayaks de Bor­néo. Au cours des années 50, les Dayaks ont subi une ter­rible épi­dé­mie de mala­ria. Pour les aider, l’OMS a lancé une cam­pagne d’extermination des mous­tiques (vec­teurs de cette mala­die) à l’aide de DDT, un puis­sant insec­ti­cide. Les mous­tiques sont morts, et les Dayaks ont arrêté de contrac­ter la mala­die. Happy end? Non. Peu de temps à près, les toits de leurs mai­sons se sont mis à s’écrouler. Outre les mous­tiques, le DDT avait aussi tué une espèce de guêpe dont le régime était exclu­si­ve­ment consti­tué d’une espèce de che­nille par­ti­cu­liè­re­ment friande de chaume. Peu après, les chats de l’île se sont mis à mou­rir. Et là, on a décou­vert qu’en fait ces chats man­geaient des petits lézards, qui avaient ingéré les insectes tués par le DDT. Le DDT ne fai­sait rien aux lézards, mais par contre, les chats… Du coup, les rats se sont mis à pro­li­fé­rer. Et les Dayaks, libé­rés de la mala­ria, se sont retrou­vés à mou­rir de la peste et du typhus dans des mai­sons sans toit sans même le récon­fort d’un gen­til minet ronronnant.

 

D’accord, mais je fais quoi alors?

 
Ima­gi­nons un moment — soyons fous — que j’ai réussi à te convaincre avec une vidéo et une petite his­toire tou­chante. “Mais que puis-je faire pour aider l’économie à se rele­ver?”, me demanderas-tu avec inquié­tude. Ben, jus­te­ment, rien. C’est ça le secret. D’ailleurs, le Dalaï-Lama dit la même chose que moi. C’était dans le style: “Si vous le pou­vez, ren­dez ser­vice aux autres. Sinon, abstenez-vous au moins de leur faire du mal.” Plus proche de nous, Ayn Rand avait par­fai­te­ment sym­bo­lisé la chose dans son livre Atlas Shrug­ged (la Grève, en français).Vers la fin du livre, à un agent du gou­ver­ne­ment qui lui deman­dait ce qu’il pou­vait faire pour aider les entre­pre­neurs à redres­ser l’économie qui s’écroulait, une diri­geante d’entreprise répon­dit sim­ple­ment: “Get out of the way”.

 

Et si tu veux vrai­ment faire quelque chose?

Mais bon, je ne rêve pas, je n’arriverai pas à te convaincre de ne rien faire. Même en te mon­trant que notre éco­no­mie se por­tait vache­ment mieux pen­dant que tu négo­ciais avec tes autres amis poli­ti­ciens de la future for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment. Alors voici quelque idées très simples que tu pour­ras mettre en place dès demain:

  • arrête de croire que l’avenir du pays passe par les grosses entre­prises indus­trielles: les vrais créa­teurs d’emploi, dans notre pays et par­tout dans le monde, ce sont les PME. Et en plus, ce sont de vrais emplois durables: le patron d’une PME ne licen­ciera pas pour faire plai­sir à ses action­naires et obte­nir un bonus. En géné­ral, il est fier de créer de l’emploi et de faire tra­vailler des gens.
  • arrête d’empêcher les PME d’embaucher. Tu veux vrai­ment qu’on engage ? Sup­prime tous tes plans “Activa” et consorts, et fais bais­ser un bon coup les coti­sa­tions sociales. Tu ver­ras, on se met­tra tous à recru­ter du personnel.
  • arrête de nous noyer sous la pape­rasse. On en a marre de rem­plir des rap­ports à la con dans tous les sens pour infor­mer tes fonc­tion­naires de notre “bilan social”, de notre “plan de mobi­lité” ou des mesures qu’on prend pour éco­no­mi­ser l’énergie. Pen­dant qu’on rem­plit des pape­rasses, on n’est pas occu­pés à faire ce qu’on fait de mieux: trou­ver des clients et leur four­nir des biens et des ser­vices contre paiement.
  • et sur­tout: ARRÊTE DE NOUS TRAI­TER COMME DES FRAU­DEURS EN PUIS­SANCE. Le matin, quand je me lève, je pense aux clients qui attendent une livrai­son dans la jour­née. Sou­vent, sous la douche, je réflé­chis à de nou­velles idées de busi­ness. Pen­dant la jour­née, je gère les urgences, les nou­velles com­mandes, le net­wor­king, tout ça. À la fin de la jour­née, je fais mes fac­tures et je réflé­chis à ce que je pour­rais faire pour amé­lio­rer ma pro­duc­ti­vité. En fait, je ne pense à mes impôts que très spo­ra­di­que­ment, quand je dis­cute avec mon comp­table. Je suis content de le faire, parce que je ne compte pas mes heures et qu’en plus je serai le seul à m’occuper de moi si je fais faillite. Donc, autant payer moins d’impôts. Mais sans tri­cher: mon comp­table n’arrête pas de me dire que la fraude ce n’est vrai­ment pas une bonne idée, et j’ai ten­dance à me fier à son juge­ment. Par contre, l’optimisation fis­cale, ça j’aime bien. En fait, tout ce que je peux éco­no­mi­ser d’impôts me sert soit à assu­rer ma pro­tec­tion sociale sans venir qué­man­der des sous à Sabine Laruelle, soit à inves­tir dans des outils plus per­for­mants ou des for­ma­tions, soit à me faire plai­sir, et dans ce cas ça fait tour­ner l’économie aussi.

 

Voilà, mon cher Elio. Je ne vais pas t’ennuyer plus long­temps. Je suis sûr que tu as plein de choses à faire. Mais quand tu auras un moment, parle un peu de mes idées autour de toi. Tu ver­ras: nous, les entre­pre­neurs, il en faut peu pour nous conten­ter. Il faut juste que tu nous laisses entre­prendre. Après, ben tout le reste on le fera pour toi: on réduira le chô­mage en enga­geant des tra­vailleurs, on redres­sera les finances publiques en payant des impôts, on ren­flouera les banques en leur confiant notre argent bien gagné (et nos tra­vailleurs feront de même). Arrête juste de nous mettre des bâtons dans les roues, c’est tout ce qu’on te demande.

Pro­fite bien de ton wee­kend pascal.

Fred

 

2 Responses to “Dis Elio, et si on en parlait autour d’un verre ?”

  1. Vincent says:

    Salut,

    Je suis moi-même gérant d’une sprl. Autant, je suis en accord avec les “pro­po­si­tions” faites en fin d’article, autant la pre­mière par­tie me laisse per­plexe.
    L’idéologie selon laquelle moins l’Etat s’impliquera plus les choses iront mieux a vécu.
    Quand je com­pare les 30 années “key­né­sia­nistes” et les 30 années post Rea­gan et That­cher, je n’ai pas l’impression qu’on a été vers un mieux. Je suis né en 79 et aussi loin que je me sou­vienne, j’ai l’impression que des mots comme chô­mage ou crois­sance molle me collent aux basques.
    Dans le même esprit que ta vidéo, on nous a pré­senté la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics comme un gain en effi­ca­cité et une garan­tie de baisse des prix…Je ne pense même pas avoir à appor­ter d’exemples sur ce point pour démon­trer à quel point ce pos­tu­lat peut se révé­ler faux.

    Main­te­nant, pour en reve­nir à tes sug­ges­tions, quel entre­pre­neur ne serait pas d’accord. Savoir que je dois déga­ger 45k euros de marge pour payer le salaire d’un employé qui aura 1500 euros nets au final en poche et des tickets resto, ça me rend dingue. J’aimerais enga­ger une voire deux per­sonnes mais à ce tarif là, j’y réflé­chis à deux fois et je conti­nue donc à faire moi-même une bonne par­tie des tâches que je pour­rais déléguer.

    Là où je dif­fère de toi, c’est bien au niveau de l’identification du pro­blème et donc des solu­tions à appor­ter. Pour moi, il ne faut pas moins d’Etat mais bien plus de régu­la­tions sur­tout au niveau inter­na­tio­nal où on on a trop de situa­tions de flou qui per­mettent tout et n’importe quoi.
    Il faut moins taxer le tra­vail (et moins emmer­der les PME) mais il faut mettre la pres­sion aux mul­ti­na­tio­nales qui peuvent payer leurs cadres via Chypre par exemple sans qu’on les inquiète (ça a l’air d’une anec­dote jetée en l’air mais c’est une pra­tique ultra régulière).

    Sinon, un der­nier point qui montre qu’on peut quand même être bien content quand l’Etat se mêle de notre busi­ness. Der­niè­re­ment, j’ai voulu faire un emprunt auprès d’une banque (ins­ti­tu­tions qui ne servent vrai­ment à rien par ailleurs) pour faire des inves­tis­se­ments au niveau infor­ma­tique et logis­tique. Emprunt refusé mal­gré des bénéfs repor­tés solides. Résul­tat: demande d’emprunt star­teo avec l’Etat qui se porte garant pour moi.

    • Fred says:

      Bon­jour Vincent,

      Tout d’abord, merci de votre réponse.
      Je com­prends votre per­plexité, mais je suis per­suadé qu’elle pro­vient d’une mau­vaise inter­pré­ta­tion des faits, inter­pré­ta­tion encou­ra­gée par une presse pas tou­jours au fait des théo­ries poli­tiques et économiques.

      Pour com­men­cer, permettez-moi de m’inscrire en faux contre votre remarque sur le fait que l’idéologie selon laquelle moins l’Etat s’impliquera mieux les choses iront a vécu.

      Pour qu’elle ait vécu, il aurait en effet fallu qu’elle puisse vivre. Or, cela n’a été que très très très par­tiel­le­ment le cas.
      Pour com­men­cer, mal­gré leur rhé­to­rique anti-étatiste, Rea­gan et That­cher ont énor­mé­ment déçu ceux qui pen­saient que l’Etat se désengagerait.

      Rea­gan a pré­sidé à la plus grand aug­men­ta­tion du poids de l’Etat amé­ri­cain depuis le New Deal, ce qui n’est — hélas — pas un mince exploit. Quant à That­cher, son action a été net­te­ment plus béné­fique: elle a en effet, en lut­tant contre les syn­di­cats, per­mis une renais­sance éco­no­mique qui a mené à une belle pros­pé­rité qui a conti­nué jusqu’à l’époque de Tony Blair. Mais elle n’a par exemple pas tou­ché au Natio­nal Health Ser­vice (les soins de santé UK), qui sont res­tés très long­temps publics, et d’un “public” beau­coup plus dras­tique que celui que nous connais­sons dans notre pays. La timide réforme du NHS enta­mée par Tony Blair n’a que très par­tiel­le­ment libé­ra­lisé ce secteur.

      En fait, je pour­rais vous citer des dizaines d’exemples de “pri­va­ti­sa­tions” qui ont été com­plè­te­ment ratées (notam­ment celle de la SNCB ou des che­mins de fers bri­tan­niques) parce que les dés ont été pipés dès le départ. Pour les che­mins de fer bri­tan­niques, par exemple, la pri­va­ti­sa­tion a suivi vingt années de sous-investissement dans l’infrastructure que les nou­veaux acteurs pri­vés ont eu grand peine à épon­ger. Mais soit.

      Je pour­rais, mais je ne vais pas le faire parce que ce serait sté­rile, vous deman­der de m’envoyer ces exemples “que vous ne pen­sez même pas devoir appor­ter”, je me fais fort de les démon­ter les uns après les autres. La rhé­to­rique selon laquelle l’ultralibéralisme a eu sa chance et l’a ratée est faus­sée de A à Z pour la bonne rai­son qu’il n’a jamais eu cette chance. Les pré­ten­dues “poli­tiques ultra­li­bé­rales” menées en Europe ont prin­ci­pa­le­ment été des poli­tiques conser­va­trices basées sur un capi­ta­lisme de conni­vence où les élites poli­tiques et les grandes entre­prises (sou­vent liées à ces élites) se sont enten­dues sur le dos de la collectivité.

      Il n’y a jamais autant eu de régu­la­tion au niveau inter­na­tio­nal, elles ne me semblent pas avoir eu une seule fois l’effet escompté. Trop de règles tuent les règles. Et sur­tout, elles sont très sou­vent conçues de manière à favo­ri­ser les grandes entre­prises aux dépens des PME. Les poli­ti­ciens de tous bords ché­rissent les “cham­pions natio­naux”, des entre­prises lar­ge­ment sub­si­diées et favorisées.

      Quand aux mul­ti­na­tio­nales qui paient leurs cadres via Chypre, exemple que je ne connais­sais pas, sachez que tous les trai­tés pré­ven­tifs de double impo­si­tion ainsi que la conven­tion cadre de l’OCDE, ainsi que le droit belge, d’ailleurs, portent en eux la pos­si­bi­lité de lut­ter contre cette pra­tique. La ques­tion est donc tou­jours la même: pour­quoi les gou­ver­ne­ments ne prennent-ils pas les actions nécessaires?

      Enfin, quant à votre exemple, je le trouve par­ti­cu­liè­re­ment navrant, et exem­pla­tif de ce que les éco­no­mistes “ultra libé­raux” appellent le risque moral: pro­té­gées par la garan­tie impli­cite de l’Etat, les banques font tout et n’importe quoi, et sur­tout spé­culent tran­quille­ment avec l’argent des épar­gnants. Cela n’est tou­jours pas régle­menté. Par contre, Bâle II et III et les autres accords inter­na­tio­naux de régu­la­tion que vous sem­blez trou­ver si mer­veilleux régulent de manière très stricte l’activité de prêt. Ce qui fait que la même banque qui n’hésite pas à faire des deals hasar­deux sur des pro­duits déri­vés com­plexes ne rem­plit plus son rôle pre­mier, prê­ter aux PME. Et du coup, l’Etat doit — encore une fois — inter­ve­nir pour aider la banque. C’est tota­le­ment anormal.

      Il fau­drait énor­mé­ment argu­men­ter encore pour que je puisse vous convaincre. Si vous vou­lez, autant faire ça un jour autour d’un verre. Ou alors par ce biais-ci, mais il fau­dra être patient: j’ai pas mal de bou­lot en ce moment et je ne peux pas me per­mettre de dépen­ser trop de temps à des débats (et je le regrette). Je ferai cepen­dant un effort pour vous répondre, car j’apprécie que vous ayiez pris la plume de manière fort cour­toise pour appor­ter la contradiction.

      Très cor­dia­le­ment,

      Fred

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